Emploi des seniors : quels enjeux pour demain ?

À l’occasion de la récente semaine pour la qualité de vie et des conditions de travail
(du 17 au 21 juin 2024), l’union départementale CFE-CGC du Nord a organisé, le 20 juin dernier à Croix, dans la métropole lilloise, un colloque intitulé « Emploi et seniors : est-ce vraiment possible ? », avec notamment les interventions de Muriel Mallart (secrétaire générale de l’UD), Philippe Dugautier (président de l’UD) et Jean-Philippe Tanghe (secrétaire général confédéral).

Alors que les pouvoirs publics ont fixé l’objectif d’un taux d’emploi de 65 % à l’horizon 2030 pour les 60-64 ans (contre 36,2 % en 2022 selon les chiffres du ministère du Travail), l’emploi et le maintien dans l’emploi des seniors demeurent une problématique centrale dans les entreprises, ainsi qu’un enjeu de dialogue social de premier ordre.

LES SENIORS SONT UNE RESSOURCE POUR L’ENTREPRISE
Secrétaire nationale confédérale à la protection sociale, Christelle Thieffinne a ainsi rappelé combien la CFE-CGC est mobilisée et force de proposition pour prévenir l’usure professionnelle, aménager les fins de carrière et considérer les seniors comme une précieuse ressource pour les entreprises. Nous reproduisons ci-dessous quelques-unes de ses interventions.

« PRENDRE EN COMPTE LA TÊTE ET LES JAMBES »
« Sur la problématique du bien vieillir au travail, Il faut d’abord prendre en compte tout ce qui constitue un homme ou une femme, c’est-à-dire « la tête et les jambes ». Quand on aborde les sujets liés à l’accidentologie, aux inaptitudes, à l’usure professionnelle, on entend la plupart du temps la question physique. C’est certes important mais la question des risques psychosociaux (RPS) l’est tout autant. La CFE-CGC milite inlassablement pour que le syndrome d’épuisement professionnel, et plus largement toutes les pathologies liées à la santé psychologique, soient prises en compte dans les tableaux des maladies professionnelles. La question de la déclaration des problèmes de santé est essentielle pour l’identification, la réparation et la prévention. Faire de la prévention en matière de RPS, c’est s’attacher au sens au travail, à l’autonomie et à la reconnaissance des compétences techniques et humaines. Tout ceci n’est d’ailleurs pas une question de génération : à tout âge, nous avons besoin de donner du sens à notre travail. »

SPHÈRE SOCIALE ET STATUT D’AIDANT
« Bien vieillir au travail, c’est aussi prendre en considération la sphère sociale (collègues, famille, amis…) et permettre aux seniors de jouer un rôle dans la société : bénévoles dans les associations, élus sur le territoire, engagement syndical, etc. Je tiens aussi à souligner le statut d’aidant (voir le guide CFE-CGC dédié), une thématique sur laquelle la CFE-CGC milite activement depuis des années. Être aidant, ça prend du temps, cela nécessite beaucoup d’énergie physique et psychologique. L’entreprise ne peut pas ignorer ces situations et doit les prendre en compte. Il y a bien des accords négociés en entreprise avec les représentants syndicaux, mais pas dans toutes. De manière générale, on est aidant deux fois dans sa vie : en début de carrière, quand on a des enfants ; puis en fin de carrière, auprès de ses parents et parfois auprès de ses petits-enfants. Pour l’aménagement des fins de carrière, il y a encore du chemin législatif et des progrès à réaliser en entreprise. »

AUTONOMIE, COMPÉTENCES ET ORGANISATIONS DU TRAVAIL
« L’autonomie dans son travail est centrale. Globalement, on atteint une asymptote en milieu de carrière : on est alors en pleine maîtrise de son métier, on a développé des compétences. Cette autonomie peut ensuite en partie se perdre avec des organisations du travail qui évoluent et qu’on ne comprend pas, de nouveaux outils pour lesquels on a été mal formés. C’est le rôle de l’entreprise de maintenir cette capacité à être autonome dans son travail, quel que soit l’âge du salarié. »

UN TRAVAIL SYNDICAL À POURSUIVRE
« Dans la récente négociation « Pacte de vie au travail » menée entre partenaires sociaux, la CFE-CGC a proposé des entretiens à mi-carrière et en deuxième partie de carrière afin d’aborder tous les thèmes : capacité et envie de pouvoir toujours réaliser son travail, nécessité de développer les compétences, aménagements de fin de carrière, etc. Allier les deux axes santé et compétences nous semblent majeurs afin de garantir le maintien dans l’emploi des seniors. La question de la transition entre activité professionnelle et retraite est aussi essentielle, en développant les temps partiels et la retraite progressive. Ces dispositifs existent mais sont sous-utilisés. Or à notre sens, il faut sortir du passage brusque du « tout travail » au « tout retraite », et ainsi éviter le choc. »

Mathieu Bahuet